Les expériences pas anormales

Dans un article précédent, je terminais en évoquant les concept cars et je suggérais l’éventualité d’un papier sur le sujet. Ce moment est venu ! Mais, comme je le proposais alors, nous allons élargir un peu notre objectif et parler des expérimentations de façon un peu plus globale.

Suivre la recette ou pas ?

Woman face covered flour mixing ingredients reading brides cook bookSi cela semble normal dans l’automobile, faire des expériences, dans d’autres types d’entreprise, est parfois mal vu. Pourquoi gaspiller de l’argent à tenter des trucs ? D’autant plus qu’on a une bonne vieille recette qui a fait ses preuves…
Bref, les gens ont peur ! Ha non ça c’est ce qu’on dit avant les élections sur certaines chaînes portées sur la démagogie…
Cela dit, on est parfois découragé de faire des expériences en entreprise.
Pourtant, elles devraient faire partie du quotidien des équipes de type « solution ».
Il y a bien quelques espaces communément tolérés d’essais mais leurs noms nous induisent en erreur, nous trompe et nous retirent toute confiance en nous au moment de nous lancer. Car oui, pour expérimenter, il faut une petite dose de courage et je vais d’ailleurs avaler mon shot quotidien (oui, bizarrement, comme d’autres, j’imagine que le courage est liquide) pour passer en revue ces fameux espaces et vérifier si un nom plus adapté nous permettrait d’en tirer plus.

Le Proof of Concept (POC)

preuveLe POC est une expérience lors de laquelle, on teste l’adéquation d’un moyen à la satisfaction d’un besoin. Typiquement, en informatique, on pourrait se faire un POC pour vérifier si ElasticSearch répondrait à notre besoin d’autocomplétion d’un formulaire.
Le POC est une expérience communément acceptée en entreprise. Seulement, vu qu’il y a « preuve » dans le nom, les conséquences de son succès sont quasi systématiquement l’adoption du moyen testé puisqu’on a prouvé qu’il pouvait satisfaire notre besoin.
Jérôme Carfantan nous avait prévenu dans son article sur les estimations : les noms des concepts doivent être bien choisis car ils induisent parfois certains biais.
Par exemple, si on avait parlé de NRV (Novelty Relevance Verification), on ne serait plus soumis à l’ancrage du mot « proof » et on s’accorderait plus facilement le droit de tester ensuite (ou parallèlement) un autre moyen pour répondre au besoin qui nous a été demander de satisfaire.

R&D

rdMieux ! On pourrait presque imaginer une démarche où nos NRV pourraient être réalisées sans même l’expression formelle d’un besoin. Cela nous permettrait de proposer des solutions à la satisfaction de demandes très rapidement, voire de les anticiper. La fameuse « création du besoin » chère à Apple.
C’est ce qu’on appelle la Recherche et Développement, communément raccourcie en R&D.
Là encore, la démarche est desservie par son nom dans certaines entreprises, surtout quand elles pensent ne pas être (et ne pas avoir à devenir) des entreprises innovantes. Elles ne veulent pas faire de la recherche !
Il faut clairement remettre en avant les aspects « investissement » et « capitalisation » de la démarche. Je vous propose d’utiliser la dénomination suivante : Investment and Capitalization Experiment (ICE). Ça devrait glisser tout seul.

MVP

russel-westbrookSi vraiment jouer au chimiste travaillant sur une molécule sans savoir si un bénéfice pourra en être tiré donne des boutons aux dirigeants de l’entreprise pour laquelle vous travaillez, il y a toujours de la place pour des expériences, des tentatives. Des expérimentations qui vont justement vous permettre de ne pas dépenser trop d’argent pour rien. C’est ce qu’on appelle le MVP. Si pour vous c’est un titre qui semble destiné à Russell Westbrook cette saison (C’est pas encore cette année qu’un Raptor de Toronto, aura cette distinction, malheureusement… Mais on s’égare), tant mieux ! Parce qu’en vrai ça correspond à tout autre chose ! Mais avec une signification pas forcément bien alignée avec l’acronyme…
En effet, celui-ci signifie, en entreprise, Minimum Viable Product. Or comme Eric Ries nous l’explique, il s’agit, comme son nom ne l’indique donc pas du tout, d’une expérience, la moins chère possible, pour vérifier si une idée a de la valeur sur le marché. Un des exemples les plus célèbres est peut-être le « pretotype » (avant le prototype, donc) d’un logiciel de Speech to Text d’IBM. Vous savez ce logiciel qui reconnaît votre voix et écrit ce que vous dictez. IBM possède désormais une version commerciale de ce logiciel nommée Watson. Mais avant cela, bien des années auparavant, ils ont sorti le MVP suivant à leur potentiels clients, pour sonder le marché : le démonstrateur parlait dans un micro relié à une oreillette qui équipait un opérateur. Celui-ci était situé dans une autre pièce, à l’écart, et se contentait de saisir ce qu’il entendait. C’est la saisie de cet opérateur qui était affichée aux clients qui pensaient avoir vu une technologie opérationnelle et révolutionnaire (à l’époque).
Pour la petite histoire, personne n’a été totalement convaincu par le produit. L’expérience a mis en avant plusieurs faiblesses de l’idée : dans un contexte bruyant, l’orateur use rapidement sa voix à devoir parler fort, la confidentialité des saisies est moins garantie que via la manipulation d’un clavier, etc.
Pourtant, on peut considérer ce MVP comme un succès. Il a effectivement été peu coûteux à développer et embarquait un nombre de fonctionnalité réduit mais suffisant. Cela semble correspondre au M de l’acronyme. Cette expérimentation était aussi suffisamment crédible pour en tirer des conclusions intéressantes, cela colle au V, mais pour le P, l’aspect produit, il y a débat.
En marketing, un produit est « un bien ou un service vendu par une entreprise ». D’ailleurs, le Larousse (bim ! argument d’autorité… ou pas…) nous dit qu’un produit c’est « chacun des articles, objets, biens, services proposés sur le marché par une entreprise ». Or, dans notre cas, ce n’est pas toujours vraiment quelque chose de vendable, de proposable en l’état sur le marché. Encore une fois, le terme choisi pour désigner une expérience prête à confusion. On a l’impression que le résultat de nos expérience devrait forcément atteindre un état qui le rend vendable, un état fini et stable.
Il existe d’ailleurs une autre acceptation au terme MVP. Celle de Jeff Patton. Il l’explicite extrêmement bien dans son livre User Story Mapping. Je vais souvent citer ce livre sur le blog. C’est un peu comme dans Point Break, il y a tout dedans.

Jeff est conscient de ce problème de wording (je ne parle pas de ceux de Brice, là, on se reconcentre ! ) Pour lui, un MVP est un produit au sens strict. Il est utilisé par ses commanditaires et réalise l’impact et l’outcome maximaux pour un output minimum. Si vous n’êtes pas familier de ces concepts d’impact, d’outcome et d’output, je vous propose de faire un petit détour par ce petit lexique vidéo où je vous explique brièvement et simplement (enfin je crois…) de quoi il retourne.
Jeff est bien conscient qu’un tel MVP ne peut être correctement anticipé et qu’il faut sonder ses utilisateurs, vérifier des hypothèses, etc. Bref, il a besoin d’un certain nombre de MVP à la Eric Ries pour constituer un MVP à la Jeff Patton. Il décide d’appeler ces tentatives des MVPe. Le petit « e » représentant évidemment le mot « experiment » désignant une expérimentation en anglais. C’est simple et efficace mais ça manque un peu de classe, non ? Je pensais à quelque chose de plus élégant, voire sexy selon ce que ça vous évoquera : Evolving Toward An Mvp, ou plus simplement ETAM. Je cherchais un truc avec YSL mais je ne savais pas quoi faire du « y ». Et de toute façon je n’ai pas les moyens de me payer ce genre de chose alors… Grommellements… Râleries… Piaillements…

Essayez, échouez et surtout apprenez !

tentative2Bref, toute cette bonne humeur pour dire que vous avez la place de faire des essais en entreprise. Vous en faisiez peut-être, mais tel un monsieur Jourdain de l’expérience vous l’ignoriez. J’espère que cette mise en lumière des moments où on vous autorisait à expérimenter vous donnera le courage de vous lancer. Essayer des choses (nouvelles) favorise l’innovation, et donc souvent la mise au point de bonnes pratiques, l’amélioration de celles qu’on avait déjà établies, etc. Cela permet aussi et surtout d’apprendre et donc de devenir meilleur, plus performant. Même l’échec de vos tentatives est bénéfique ! C’est d’ailleurs en ce sens que le mot anglais FAIL, signifiant « échec », a été inventé. Vous ne le saviez pas ? C’est, lui aussi un acronyme. Il signifie First Attempt In Learning.

2 commentaires sur “Les expériences pas anormales

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