[BDCA] Les questions fermées posent-elles vraiment problème ?

Cet article appartient au segment Brèves de Comptoir Agile (ou BDCA), dans lequel je partage mon opinion sur un sujet autour duquel j’ai récemment discuté avec d’autres coachs

Le titre « Les questions fermées posent-elles vraiment problème ? » est lui-même une question fermée… Et la réponse est évidemment « non »…

FIN…


Ok, ok, j’explique un peu plus…
Non seulement les questions fermées ne présentent aucune caractéristique intrinsèque dangereuse (les difficultés surviennent en fait simplement lorsqu’elles sont mal utilisées) mais en plus, il est assez facile de les transformer en quelque chose de plus facile à manier, de procéder à une sorte d’alchimie des questions.

Le problème n’est pas que la question soit fermée mais qu’elle soit autocentrée

On a déjà vu ensemble qu’une question fermée pouvait être puissante et provoquer des réactions utiles chez un interlocuteur.

Notons d’ailleurs un fait amusant : les exemples de questions attribués à Socrate, l’inventeur de la maïeutique, sont (presque) tous des exemples de questions fermées si on en croit ce que ses disciples ont écrit (nous n’avons pas d’écrits signés de la main de Socrate lui-même).

La maïeutique, c’est l’art de faire accoucher l’esprit de sa connaissance. Comme toute naissance, cela doit nécessiter pas mal de force, de puissance. Or le spécialiste en la matière semble l’avoir fait à partir de questions fermées…
Malgré tout, beaucoup de coachs et/ou de formateurs nous disent de les éviter car elles enfermeraient l’interlocuteur dans un mode de réponse binaire peu constructif.
En effet, dans de nombreuses situations, les questions fermées réduisent les réactions possibles. Si la question fermée est posée parce qu’on cherche à nourrir un biais de confirmation, alors, oui, l’interlocuteur n’a que deux choix : abdiquer ou se rebeller.
Par exemple, si on demande à une personne: « êtes-vous d’accord avec moi? » parce qu’on se doute, au fond de nous, qu’en fait cette personne ne l’est pas, on cherche à confirmer ou infirmer notre hypothèse. Si la personne dit « oui », elle abdique et se range de notre côté, si elle dit non, elle se rebelle.
Notons, pour reprendre ce que je disais à propos des questions puissantes, que ce genre de questions fermées a pour centre principal nous-mêmes. Elles sont posées parce que la réponse aura un effet sur nous (et notre doute). L’interlocuteur n’est pas au centre des préoccupations et elles ont cet effet négatif dans les réactions qu’elles suscitent car elles ne laissent pas d’échappatoire à l’interlocuteur. C’est pratiquement une sorte de piège tendu au détriment de l’interlocuteur, à notre bénéfice.

Alchimie des questions : il est toujours possible de transformer nos questions fermées

La fermeture des questions n’est finalement pas un problème en soi si on arrive à réprimer les questions dont nous sommes le centre de l’attention…
Seulement voilà… Dans le vif du sujet, emporté par le rythme de la conversation, il n’est pas toujours facile d’être assez curieux sur ses questions, d’avoir assez de recul pour savoir qui est le centre de l’attention de nos questions fermées. Ce n’est pas grave… On aura le temps d’être curieux sur la portée de nos questions après les échanges avec nos interlocuteurs. À force, il deviendra naturel de mettre l’autre au centre, et nos questions, ouvertes ou fermées, deviendront meilleures, voire puissantes. Cette curiosité, cette in(tro)spection, c’est vraiment là que réside la magie, ce pouvoir qui nous fait progresser. Je dis bien curiosité. Cela doit rester bienveillant. Ne vous autoflagellez pas si vous avez posé une question fermée autocentrée !

En attendant, pour diminuer les risques, au lieu de bannir complètement les questions fermées comme cela est souvent suggéré, et regretter ensuite de n’avoir pas osé poser une question, voici une technique pour « rouvrir » des questions fermées : faites-les précéder de « à quel point…« , « dans quelle mesure…« , « de quelle façon…« .
Bien entendu, il existe bien d’autres « préfixes » possibles, ceux-ci constituent seulement un aperçu.

Dans notre exemple, cela donnerait « À quel point êtes-vous d’accord avec moi » ou encore « Dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec moi ». Si la personne n’est pas tout à fait d’accord, elle hésitera moins à le dire et vous pourrez demander ce qu’elle aimerait que vous fassiez ensemble pour parvenir à un alignement plus complet.

Vous venez de découvrir votre premier exemple d’alchimie d’une question fermée 😉
Mais bientôt, quand vous aurez assez pratiqué la magie de la curiosité décrite plus haut, que vos questions ne seront plus autocentrées, vous n’aurez peut-être plus besoin de l’alchimie. Vous serez certains que vos questions fermées sont sans danger et donc tout à fait utilisables.

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